DĂ©faillances d’entreprises : un bel Ă©tĂ© avant la dĂ©gringolade ?
Selon Altares, les dĂ©faillances d’entreprises dans le tourisme restent stables par rapport Ă 2021
Le tourisme a des Ă©toiles dans les yeux, au moment de rentrer dans la haute saison. Tous les signaux sont au vert, mĂŞme celui des dĂ©faillances d’entreprises. D’après les derniers chiffres publiĂ©s par Altares, le secteur du voyage s’en sort bien mieux que l’Ă©conomie globale (dĂ©faillances en hausse de 49% par rapport Ă 2021), avec 18 dĂ©fauts lors du 2e trimestre 2022, soit un chiffre stable d’une annĂ©e sur l’autre. Si l’euphorie est palpable, la rentrĂ©e sera un vrai test aussi pour notre industrie mais aussi pour l’Ă©conomie française.
L’Ă©tĂ© sera beau, l’Ă©tĂ© sera chaud, de Marseille Ă Saint-Malo, voire mĂŞme encore plus haut.
L’industrie touristique aborde la haute saison avec un large sourire, et quelques inquiĂ©tudes, alors que les clientèles Ă©trangères reviennent et que les Français conservent le rĂ©flexe des vacances locales.
Et les professionnels peuvent garder les lèvres tendues jusqu’aux oreilles, tant le secteur superforme dans l’Ă©conomie française.
« Le chiffre des dĂ©fauts dans les activitĂ©s de voyages reste stable par rapport Ă ceux de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, avec 18 dĂ©faillances, dont 10 agences de voyages.
Ce n’est pas du tout la mĂŞme tendance que sur l’ensemble de l’Ă©conomie, » nous dĂ©voile Thierry Millon, le directeur des Ă©tudes Altares.
D’après les derniers chiffres dĂ©voilĂ©s par l’expert rĂ©fĂ©rent de la data d’entreprise, le niveau des dĂ©faillances augmente en France de 49 % par rapport au 2ème trimestre 2021, après avoir atteint +35 % au 1er trimestre.
Si le secteur peut se réjouir de passer entre des gouttes, les regards doivent se poser plus loin que sur la haute saison.
DĂ©faillances d’entreprises : « la situation est plutĂ´t convenable pour le tourisme »
Dans ce satisfecit, il y a malgré tout une branche en perte de vitesse, à savoir les activités de transport des taxis.
MalgrĂ© tout, le contexte gĂ©nĂ©ral reste, jusqu’Ă maintenant plutĂ´t positif.
« Les Français sont nombreux Ă penser que l’Ă©tĂ© sera tranquille et Ă ce constat vous ajoutez un Ă©largissement des horizons et des contraintes, levĂ©es en Europe.
Ainsi, la situation est plutĂ´t convenable pour le tourisme, » poursuit l’analyste.
Toujours selon Thierry Millon, en plus d’un environnement favorable, les acteurs sont sortis de la crise en meilleure santĂ© financière que l’Ă©tat dans lequel ils y sont entrĂ©s.
GĂ©nĂ©ralement, les entreprises avaient de « l’argent sous le pied » au moment d’attaquer l’annĂ©e 2022.
Pour revenir sur la France, 800 entreprises dĂ©posent le bilan chaque semaine, une tendance nĂ©gative, mais les volumes restent faibles par rapport Ă l’accoutumĂ©.
« Nous sommes prudents, mais raisonnablement optimistes pour la suite. Le point d’atterrissage est estimĂ© Ă 37 000 dĂ©fauts, contre plus de 70 000 en 2019.
Par contre en 2023, nous pourrions retrouver des volumes proches de ceux d’avant crise.«Â
Défaillances : les hôtels tiennent, les restaurants dévissent !
Avant de jouer les oiseaux de mauvais augure, poursuivons notre tour de France du tourisme.
Alors que les agences de voyages font mieux que l’Ă©conomie globale, l’hĂ´tellerie et restauration observent une courbe des dĂ©faillances, toujours Ă la hausse.
Pour les restaurants (assis), c’est un peu la soupe Ă la grimace, avec 536 dĂ©fauts d’entreprise, contre 245 lors du 2e trimestre 2021.
« La hausse est brutale, mais habituellement les défaillances dans ce secteur sont de 800 par trimestre.
D’un cĂ´tĂ© les consommateurs sont plus frileux qu’avant le covid, puis il y a plus d’offres et moins de demandes, donc la courbe ne va pas s’inverser, » prĂ©dit le directeur des Ă©tudes Altares.
Dans le mĂŞme temps, l’hĂ´tellerie tient massivement debout.
Les dĂ©faillances n’ont pas dĂ©rapĂ©, avec la fermeture de seulement 42 hĂ´tels, contre 45 en 2020 et 70 en temps normal.
« Autant l’offre est plĂ©thorique dans la restauration, autant dans l’hĂ´tellerie, elle correspond aux besoins. De plus, le secteur a profitĂ© de la pandĂ©mie pour investir.
Les mois Ă venir seront importants (inflation, PGE Ă rembourser… ndlr). Il va falloir que les voyageurs soient au rendez-vous et que la trĂ©sorerie ne fonde pas trop vite, » analyse Thierry Millon.
L’Ă©pargne doit retourner dans l’Ă©conomie, sinon…
L’Ă©tĂ© pourrait n’ĂŞtre qu’un feu de paille, alors que la rentrĂ©e est d’ores et dĂ©jĂ placĂ©e Ă haut risque.
« Le tourisme profite encore de la volonté et des capacités des Français à réaliser des achats plaisirs, sauf que cette tendance tend à reculer, » estime Thierry Millon, le directeur des études Altares.
La 1ère clientèle Ă flancher sera celle BtoC, alors mĂŞme que le BtoB, maintient des volumes Ă©levĂ©s. La raison Ă cela n’est pas Ă chercher bien loin.
La Banque de France estime l’épargne totale Ă 319 milliards d’euros au 1er trimestre 2022, dont 151 milliards ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s par la pandĂ©mie. Le taux d’Ă©pargne est attendu Ă un niveau très Ă©levĂ©, soit Ă 16,5 % du revenu disponible brut, contre 15% en Europe.
Cet indicateur traduit une peur en l’avenir.
« Si l’argent thĂ©saurisĂ© ne revient pas dans l’Ă©conomie, alors cela deviendra compliquĂ© pour tous les acteurs.
Lorsque la consommation baisse, le 1er poste de dépense à être impacté est celui des achats plaisirs, dans lequel le on trouve le tourisme, » prédit Thierry Millon, le directeur des études Altares.
Alors que les acteurs du secteur se plaignent d’une absence de visibilitĂ© sur l’automne Ă venir, les Ă©conomistes ne sont pas en reste. Les indicateurs sont pour l’heure assez peu positifs.
Surtout, compte tenu des faibles marges du secteur.
Economie : « Le risque de récession existe et il est élevé »
« La ligne de flottaison est très basse pour ces métiers. Donc, dès que la difficulté se présente, les entreprises se retrouvent rapidement en liquidation.
Le tourisme a le vent en poupe, en attendant une rentrĂ©e, oĂą il faudra faire avec des dĂ©penses obligatoires importantes pour les particuliers, » indique l’analyste.
A noter que l’inflation semble marquer lĂ©gèrement le pas et pourrait atteindre bientĂ´t son plateau.
Pour en revenir Ă l’analyse macroĂ©conomique, les signaux sont de plus en plus nĂ©gatifs quant Ă la vitalitĂ© de la croissance. Lors des rencontres Ă©conomiques d’Aix, les Ă©conomistes ont dĂ©clarĂ©, dans le journal La Provence, « l’Ă©tat d’urgence Ă©conomique« .
Les universitaires craignent que la France doive faire face très prochainement à un choc économique et social important.
« Le risque de récession existe et il est élevé, mais il est encore possible de passer à côté.
Si l’Ă©conomie tient sur l’Ă©tĂ©, grâce notamment au tourisme, nous pouvons imaginer que nous serons en capacitĂ© de rĂ©sister sur la fin de l’annĂ©e 2022, sauf que ce n’est pas une fin en soi, » estime l’analyste.
Le scĂ©nario le plus probable de la Banque de France. prĂ©voit un recul du PIB de l’ordre de – 1,3 % en 2023. Entre-temps, les signaux permettant de rassurer les marchĂ©s financiers ne reposent pas vraiment sur nos Ă©paules.
Outre le fait d’avoir une lecture forte de la situation sanitaire et les signaux d’une reprise Ă©conomique, l’arrĂŞt du conflit en Ukraine serait une dĂ©cision favorable sur les questions Ă©nergĂ©tiques.
« Les prix de l’Ă©nergie conduisent Ă penser les voyages diffĂ©remment. Si les entreprises du tourisme n’intègrent pas une offre plus durable, alors les voyageurs vont progressivement s’en dĂ©tourner, » interpelle Thierry Millon.
Le voyage responsable n’est jamais très loin, mĂŞme quand nous parlons d’Ă©conomie.
Source: Romain Pommier Tourmag