Innover en restauration : ils testent de nouveaux modèles
A Lyon, trois restaurateurs ont eu l’idĂ©e de fonder Uni, l’un des premiers restaurants avec système d’abonnement mensuel. Ă€ Marseille, SĂ©bastien Richard a créé Le RĂ©publique, oĂą clientèle traditionnelle et bĂ©nĂ©ficiaires d’associations se cĂ´toient sans distinction.
« Il faut des hĂ©ros, il faut des bistrots ! » s’exclamait Louis de Funès en 1966 dans le film Le Grand Restaurant. Instruction retenue, puisqu’après une baisse significative des crĂ©ations d’entreprises au sortir de la crise sanitaire, ils sont aujourd’hui plus de 10 000 Ă se lancer chaque annĂ©e dans l’ouverture d’un Ă©tablissement, d’après l’Insee. Essor de la livraison et des plats Ă emporter, mise en place d’applications mobile pour passer commande, expĂ©riences immersives de dĂ©gustation ; pour faire revenir les clients dans leurs Ă©tablissements, les entrepreneurs testent et implĂ©mentent des concepts innovants. Il faut dire qu’avec un chiffre d’affaires annuel dĂ©passant les 50 milliards d’euros, selon le gouvernement, le secteur est attractif. Pour autant, il n’en reste pas moins compĂ©titif, avec plus de 200 000 Ă©tablissements recensĂ©s, d’oĂą l’importance de faire Ă©merger de nouveaux modèles Ă©conomiques. Â
C’est dans le but de se diffĂ©rencier de leurs concurrents que les restaurants Le RĂ©publique Ă Marseille et Uni Ă Lyon, ont vu le jour. NĂ©s d’une volontĂ© de proposer une nouvelle expĂ©rience de la restauration et d’avoir un impact positif sur l’ensemble de la chaĂ®ne de valeurs, leurs fondateurs ont imaginĂ© des business modèles sur-mesure pour offrir une cuisine gastronomique au cadre inclusif.
Inventer son modèle sur-mesureÂ
Dans le RhĂ´ne, les actuels gĂ©rants du restaurant Uni, Baptiste Lauby et ses associĂ©s Bruno Callus et BenoĂ®t Lauby rachètent ensemble un, puis deux, puis trois restaurants avant de devenir un groupe de huit Ă©tablissements dès 2019. Après avoir dĂ©clinĂ© la proposition d’un fonds d’investissements en vue de franchiser leur structure, les trois partenaires rĂŞvent de nouveautĂ© et d’inclusivitĂ©. Ils veulent mettre sur pieds un concept original qui permettrait de palier les alĂ©as de frĂ©quentation : l’idĂ©e d’un restaurant Ă abonnement Ă©merge. Le triptyque se documente alors sur les business modèles liĂ©s aux abonnements et le besoin d’interaction de la part des abonnĂ©s. « On comprend qu’il va falloir personnaliser notre offre en accord avec la saisonnalitĂ© des produits, tout cela Ă prix coĂ»tant pour les abonnĂ©s », explique Baptiste Lauby. Le concept d’Uni est simple : un abonnement mensuel de 5€ donnant accès Ă une remise moyenne de 35 % par rapport aux prix publics. C’est finalement grâce Ă son application dĂ©diĂ©e que l’abonnement Uni tient sa vĂ©ritable valeur ajoutĂ©e : « Les clients y indiquent leurs prĂ©fĂ©rences et retours d’expĂ©rience, auxquels nous pouvons ensuite nous adapter ».Â
Renouveler son menu en favorisant les denrĂ©es de producteurs locaux pour rĂ©duire les coĂ»ts logistiques et pĂ©renniser la clientèle via une proposition Ă©conomique rĂ©duite porte ses fruits. Au bord de la MĂ©diterranĂ©e, le Chef Ă©toilĂ© SĂ©bastien Richard et quelques amis crĂ©ent une antenne de livraison de repas aux marseillais les plus dĂ©munis lors du premier confinement. Le restaurateur imagine un lieu Ă la fois accessible et gastronomique. Il persiste dans l’idĂ©e d’investir un bel espace atypique ouvert Ă tous sans distinction, idĂ©alement situĂ© près du Vieux-Port de Marseille Chacun peut venir manger au RĂ©publique sur rĂ©servation, soit aux prix indiquĂ©s sur la carte, soit pour la somme d’un euro rĂ©glĂ©e au moment de l’addition par les bĂ©nĂ©ficiaires d’associations affiliĂ©es.  Â
Pour Uni comme Le RĂ©publique, des modèles logistiques et Ă©conomiques uniques se mettent progressivement en place, selon les spĂ©cificitĂ©s inhĂ©rentes Ă chacun des concepts. Du cĂ´tĂ© de Marseille, SĂ©bastien Richard fonde l’association « La petite Lili » pour soutenir la structure de son nouveau restaurant. « C’est important pour moi de rester indĂ©pendant tout en Ă©tant bĂ©nĂ©vole sur ce projet », explique-t-il. Afin que leurs bĂ©nĂ©ficiaires puissent avoir accès Ă sa cuisine, les associations partenaires doivent adhĂ©rer à  celle du Chef Ă©toilĂ© et Ă son cahier des charges. MĂŞme carte et mĂŞme accueil pour une clientèle venue de tous horizons, dans un lieu oĂą les diffĂ©rences s’effacent dans le cadre Ă©lĂ©gant du RĂ©publique, au profit d’une cuisine mĂ©diterranĂ©enne soignĂ©e. Â
« Lorsqu’on lance un nouveau concept en restauration, il faut savoir s’adapter » Â
L’associĂ© du restaurant Uni, Baptiste Lauby, a dĂ» faire preuve de rĂ©silience. Le dĂ©veloppement de l’application dĂ©diĂ©e et la gestion des donnĂ©es ont nĂ©cessitĂ© de nombreux tests et mises Ă jour avant que l’expĂ©rience client ne soit complètement optimale. Les gĂ©rants d’Uni simplifient rapidement leur offre, avec une nouvelle carte tous les mois plutĂ´t que tous les 15 jours, en conservant plusieurs basiques, comme le fait de ne proposer qu’une seule formule d’abonnement – individuel. Un an après le lancement du concept, Uni se dirige vers un business model Ă©quilibrĂ© avec dĂ©jĂ plus de 1 000 clients fidĂ©lisĂ©s, d’après ses fondateurs. Â
Une projection similaire pour Le RĂ©publique et son Ă©quipe de 29 salariĂ©s (dont 14 en parcours d’insertion), qui commence Ă rĂ©aliser des prestations pour d’autres structures privĂ©es, participant Ă la pĂ©rennisation de son business modèle. « Nous allons certainement ajuster le montant de notre cotisation annuelle pour les structures les plus subventionnĂ©es mais, dans l’ensemble, c’est un beau projet qui cartonne », se rĂ©jouit SĂ©bastien Richard. Avec une moyenne quotidienne de plus de 100 couverts et 800 000 € de chiffre d’affaires sur l’annĂ©e 2022 d’après la presse locale, le modèle semi-associatif fait des adeptes. L’entrepreneur parle dĂ©jĂ de plusieurs ouvertures en Hexagone et a pour projet de crĂ©er une Ă©cole de cuisine.Â
Source: BPI France