Les grands noms de la gastronomie française: Marie-Antoine Carême
Marie-Antoine Carême dit Antonin Carême est un pâtissier et un chef français né le à Paris où il meurt le .
SurnommĂ© « le roi des chefs et le chef des rois », il est le premier Ă porter cette appellation de « chef ». Praticien prĂ©coce et reprĂ©sentant Ă©minent du concept français de la haute gastronomie, il est considĂ©rĂ© comme le fondateur de ce style grandiose, recherchĂ© Ă la fois par les cours royales et les nouveaux riches de Paris. Il est l’un des premiers cuisiniers Ă avoir acquis une renommĂ©e internationale.
NĂ© Ă Paris, CarĂŞme prĂ©tend avoir Ă©tĂ© abandonnĂ© Ă huit ans, vers 1792 donc, par des parents dĂ©munis ayant dĂ©jĂ la charge de quatorze enfants : son père tâcheron, considĂ©rant que son garçon astucieux Ă©tait le seul de la famille Ă avoir une chance de s’Ă©lever socialement, l’aurait laissĂ© Ă une des barrières de Paris avec un baluchon et quelques pièces. Après quelques jours d’errance, il aurait trouvĂ© un foyer chez un cabaretier : il travaille alors dans ce restaurant bon marchĂ© parisien comme garçon de cuisine, en Ă©change de la chambre et de la pension. Les travaux de l’historienne Marie-Pierre Rey montrent toutefois que ce rĂ©cit, tirĂ© des Souvenirs inĂ©dits du cuisinier, ne correspond pas Ă la rĂ©alitĂ©, car CarĂŞme a visiblement Ă©tĂ© placĂ© en apprentissage par son père, avec lequel il a gardĂ© contact par la suite.
Ses aptitudes sont rapidement remarquées et il entre à treize ans comme apprenti chez le célèbre pâtissier Sylvain Bailly, rue Vivienne, près du Palais-Royal. Le soir, il transcrit tous les tours de main dans ses notes.
Ă€ 17 ans, il y est promu « premier tourier », sous les ordres de son maĂ®tre Jean Avice, pâtissier Ă l’hĂ´tel de Galliffet, oĂą est installĂ© le ministère des Relations extĂ©rieures de Talleyrand. Reconnaissant son talent, Bailly facilite ses sorties pour lui permettre d’aller dessiner au Cabinet des estampes et Ă©tudier les traitĂ©s d’architecture (notamment des jardins) Ă la Bibliothèque impĂ©riale, prĂ©parant son indĂ©pendance en stipulant qu’il sera libre de le quitter dès qu’une meilleure offre se prĂ©sentera. CarĂŞme ouvre sa première boutique, la Pâtisserie de la rue de la Paix, qu’il conserve jusqu’en 1813.
Il devient cĂ©lèbre Ă Paris pour ses pièces montĂ©es, des constructions Ă©laborĂ©es utilisĂ©es comme centres de table, que Bailly expose dans la vitrine de sa pâtisserie. CarĂŞme rĂ©alise ces friandises, qui atteignent parfois plusieurs pieds de hauteur, entièrement en sucre, pâte d’amande et pâtisserie. Il leur donne des formes inspirĂ©es des temples, des pyramides et des ruines antiques en prenant ses idĂ©es dans les livres d’histoire de l’architecture, qu’il a Ă©tudiĂ©e Ă la Bibliothèque nationale grâce Ă l’attitude Ă©clairĂ©e de son premier employeur Bailly. ConsidĂ©rant l’art culinaire comme une branche de l’architecture, il dessine lui-mĂŞme ses pâtisseries avec beaucoup de goĂ»t et d’après des modèles qu’il emprunte Ă Vignole ou Palladio. PassionnĂ© par son art, il se voit confier la confection des pièces montĂ©es destinĂ©es Ă la table du Premier consul et, plus tard, Ă celle de Talleyrand. Il invente des pièces faites de gros nougats et de grosses et croquantes meringues Ă base d’amandes et de miel.
Ă€ force d’Ă©tude et de travail, il donne Ă l’art culinaire une grande renommĂ©e dans toutes les cours d’Europe. Tout en travaillant sur ses friandises dans de nombreuses cuisines privĂ©es de la haute sociĂ©tĂ© parisienne, il Ă©tend rapidement ses talents culinaires aux plats principaux prĂ©sentĂ©s lors du service Ă la française.
NapolĂ©on Ă©tait cĂ©lèbre pour son indiffĂ©rence Ă la nourriture. Il avait cependant bien compris l’importance des relations sociales dans le monde de la diplomatie. En 1803, il finance pour Talleyrand l’achat du château de Valençay, un grand domaine en dehors de Paris. Le château est destinĂ© Ă devenir un lieu de rendez-vous diplomatiques. Quand Talleyrand emmĂ©nage Ă Valençay, il prend CarĂŞme avec lui et propose un dĂ©fi au cuisinier : crĂ©er une annĂ©e entière de menus, sans rĂ©pĂ©tition et en utilisant uniquement des produits de saison. CarĂŞme passe le test et complète sa formation dans les cuisines de Talleyrand.
En 1808, il Ă©pouse Henriette Sophie Mahy de Chitenay, fille d’un officier de marine et nièce de Thomas de Mahy de Favras. Ils se sĂ©parent dès 1812. Il vit dès lors avec Agathe Guicharday dont il aura une fille, Marie-Agathe qu’il reconnaĂ®tra et Ă qui il donnera une bonne Ă©ducation.
En 1814, après la chute de Napoléon, Carême se rend à Londres au service du prince régent, futur George IV, pour lequel il réalise des dîners en ambigu – repas où tous les plats sont servis simultanément – restés célèbres.
De retour sur le continent, il accepte l’invitation du tsar Alexandre Ier de venir Ă Saint-PĂ©tersbourg oĂą son sĂ©jour est tellement bref qu’il n’a jamais l’occasion de prĂ©parer un repas pour l’empereur de Russie. Il travaille Ă©galement pour l’empereur d’Autriche, François Ier, ou la princesse Catherine Bagration .
Il retourne à Paris où il devient en 1826 le chef du banquier James de Rothschild, pour lequel il compose pendant plus de quatre ans des menus exceptionnels pour ses soirées mondaines.
En 1828, il publie Le Cuisinier parisien ou l’art de la cuisine française au XIXe siècle. En introduction, Il rend un grand hommage au chef Laguipière qui, ayant suivi l’Empereur, en 1812 en Russie, meurt durant la terrible retraite du froid. CarĂŞme Ă la fin de sa vie appelle le nom de son ancien maĂ®tre : « Lève toi, ombre illustre de Laguipière ! Entends la voix de l’homme qui fut ton admirateur et ton Ă©lève. »
Il meurt Ă l’âge de 49 ans, le Ă Paris, rue Neuve-Saint-Roch et est enterrĂ© au cimetière de Montmartre. Cuisinant au charbon de bois, il a inhalĂ© durant des annĂ©es de grandes quantitĂ©s de fumĂ©es toxiques, ce qui a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© comme une cause possible de sa mort. Une autre hypothèse Ă©voque de possibles complications d’infections dentaires (sinusites maxillaires). C’est ce qui rĂ©sulte de l’examen de son crâne, conservĂ© au MusĂ©um national d’histoire naturelle, et qui montre un Ă©tat dentaire dĂ©gradĂ©. L’article paru dans le British Dental Journal en rappelle les Ă©tudes ayant dĂ©montrĂ© que la carie est une maladie professionnelle des personnes manipulant le sucre.
Idées culinaires
Marie-Antoine CarĂŞme, influencĂ© par les idĂ©es de Catherine de MĂ©dicis, dĂ©cida de revenir aux vraies valeurs de la gastronomie ; Ă l’inverse de la cuisine souvent lourde et Ă©picĂ©e, CarĂŞme instaura notamment un nouveau paradigme pour les sauces en les imposant plus lĂ©gères et subtiles. De plus, dans ses traitĂ©s sont reproduites les gravures des buffets et des plats qu’il confectionnait. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, son disciple Jules GouffĂ©, fut le premier cuisinier Ă Ă©diter le livre de cuisine comme nous le connaissons aujourd’hui, incluant les quantitĂ©s prĂ©cises des ingrĂ©dients ainsi que les temps et tempĂ©ratures de cuisson.
Influence
Loin de se comporter en simple employeur, Talleyrand encouragea chaudement CarĂŞme dans la crĂ©ation d’un nouveau style de restauration, plus raffinĂ©, avec l’utilisation d’herbes et de lĂ©gumes frais ainsi que de sauces simplifiĂ©es faites avec peu d’ingrĂ©dients. La table de Talleyrand devint internationalement cĂ©lèbre lors du congrès de Vienne. Le congrès dessina non seulement une nouvelle carte de l’Europe, mais esquissa aussi un changement dans les goĂ»ts culinaires des classes dirigeantes.
L’influence de CarĂŞme sur le monde culinaire est Ă la fois pratique et thĂ©orique. On lui doit la crĂ©ation de la toque, en 1821, lors de son sĂ©jour Ă Vienne au service de lord Charles Stewart ; outre l’Ă©laboration de nouvelles sauces, il publia une classification de toutes les sauces en quatre groupes de base : la sauce allemande, la sauce bĂ©chamel, la sauce espagnole et le veloutĂ©. Il serait Ă©galement Ă l’origine du remplacement de la pratique du service Ă la française (service de tous les plats Ă la fois) par le service Ă la russe (qui dessert chaque plat dans l’ordre imprimĂ© sur le menu) après son retour de la cour de Russie, mais les avis divergent sur ce point.
Source: Wikipedia