Pour les Français, une restauration est responsable quand elle est made in France et faite-maison
Alors qu’Ă partir du 1er janvier prochain la restauration rapide n’aura plus le droit d’utiliser de la vaisselle jetable pour le service Ă table, la question de la durabilitĂ© doit aussi faire son chemin du cĂ´tĂ© des consommateurs. De l’avis de FranceAgriMer, qui dĂ©voile une vaste Ă©tude sur les nouvelles façons de se restaurer hors domicile, la consommation responsable tâtonne encore ; les Français se contentant de solliciter plutĂ´t le made in France, le fait-maison ou encore le bio.
Depuis le 1er juillet 2021, les restaurateurs sont dans l’obligation de fournir un « doggy bag » quand on leur demande d’emporter les restes. Une disposition qui a encore des difficultĂ©s Ă entrer dans les habitudes, et pourtant il s’agit d’une des rares mesures souhaitĂ©es par les consommateurs français pour que la restauration en dehors de la maison devienne plus responsable.
Dans une Ă©tude fouillĂ©e publiĂ©e par FranceAgriMer et rĂ©alisĂ©e par le cabinet IRI Shopper Insights, on dĂ©couvre la faible propension des clients Ă s’engager en faveur d’une restauration plus durable. La sortie au restaurant apparaĂ®t comme un moment de plaisir par excellence, que ce soit en semaine (26%) ou le week-end (42%).
Et il s’avère ainsi compliquĂ© d’y restreindre sa consommation de viande par exemple. « La rĂ©duction de la consommation de viande reste plus difficilement applicable en restauration hors foyer […] la restauration demeure dans les esprits un endroit pour consommer de la bonne viande (viande fraĂ®che, de qualitĂ©, choisie par les professionnels, des recettes maĂ®trisĂ©es et une cuisson parfaite, sur mesure) », souligne l’Ă©tude. Les compositions vĂ©gĂ©tariennes ne sont consommĂ©es qu’Ă hauteur de 8%, dans la liste des produits les plus emblĂ©matiques de la restauration.
Pour les Français, une restauration dite responsable passe par d’autres prismes. Sur le plan environnemental, ce sont plutĂ´t les produits bio (21%), le respect de la saisonnalitĂ© (32%) et les cartes courtes privilĂ©giant des ingrĂ©dients estampillĂ©s de labels qui sont avancĂ©s comme des arguments. Sinon, ce sont davantage des notions de terroir et de nourriture saine qui regroupent les attentes.
Plus de la moitiĂ© des consommateurs (54%) aimeraient par exemple manger davantage d’aliments made in France tandis que 53% prĂ©fĂ©reraient commander des plats fait-maison Ă base de produits frais. Dans le mĂŞme temps, 26% de rĂ©pondants disent vouloir moins de plats gras. « Toutefois, ces attentes sont avant tout exprimĂ©es par les cibles plus âgĂ©es, les cibles jeunes ont des attentes davantage orientĂ©es vers le service », nuance le rapport.
Une restauration en plein chamboulement
Ce faible engagement en faveur d’une restauration durable s’inscrit dans un contexte de mutation pour un secteur qui a Ă©tĂ© sĂ©vèrement touchĂ© par les consĂ©quences de la pandĂ©mie, compte tenu des fermetures durant les divers confinements, alors mĂŞme qu’il subit encore une crise conjoncturelle avec, entre autres, la difficultĂ© de trouver de la main d’oeuvre. Qui plus est, du cĂ´tĂ© des consommateurs, il y a aussi une modification des comportements.
Au cours des six derniers mois, seulement 26% des Français ont consommĂ© exclusivement sur place. La vente Ă emporter et la livraison Ă domicile constituent en effet de nouveaux moyens de profiter de la restauration hors domicile durablement ancrĂ©e dans les habitudes : 24% de consommateurs ont consommĂ© sans manger sur place. La première est largement plĂ©biscitĂ©e (53% contre 32% pour la livraison). « La viabilitĂ© du modèle de livraison Ă domicile n’est pas garantie, compte tenu de la rĂ©ticence des consommateurs français Ă assumer les frais de livraison. Ce frein majeur du consentement Ă payer pour se faire livrer, qui a contribuĂ© au dĂ©veloppement en France du modèle de drives dans le e-commerce alimentaire pour la consommation Ă domicile, peut aussi jouer un rĂ´le dans la consommation hors foyer, et ceci mĂŞme de manière accrue dans le contexte Ă©conomique tendu », Ă©crit FranceAgriMer.
A table, mĂŞme les habitudes ont Ă©voluĂ©. Les desserts et les boissons deviennent des options. Pour 82% des occasions recensĂ©es, seul un plat principal avait Ă©tĂ© commandĂ©, alors que seuls 51% des clients avaient pris un dessert et 52% une boisson. A l’heure oĂą la consommation de vin est en repli en France, la boisson de Bacchus n’est plus un indispensable au restaurant : elle n’est prĂ©sente que dans 23% des dĂ©jeuners le week-end et dans moins d’un repas sur cinq pour les autres occasions (dĂ®ners ou en semaine).
Contrairement Ă ce que l’on pourrait penser, le vin n’est pas remplacĂ© par la bière… mais par le soda. Pour rappel, nous Ă©voquons ici la restauration hors domicile dans sa globalitĂ©, ce qui inclut la restauration commerciale, la restauration rapide, le snacking en libre-service ou encore la restauration collective. Ainsi, il ne s’agit pas de dire que les Français boudent Bacchus pour prĂ©fĂ©rer Coca-Cola. C’est en fait l’une des consĂ©quences du succès de la restauration rapide. Au cours des six derniers mois, 75% des consommateurs ont frĂ©quentĂ© au moins un Ă©tablissement de ce type. Si les burgers alimentent notre conception spontanĂ©e du fast-food (56%), la pizza compose pourtant le choix le plus plĂ©biscitĂ© (58%) dans la liste des produits emblĂ©matiques consommĂ©s en restauration.
Quid de la place que prennent les restaurants de cuisine française dans ce nouvel Ă©chiquier ? Ils n’ont concernĂ© que 24% des dernières visites, tous moments confondus. « Les repas du soir se font concurrencer par les pizzĂ©rias, en plus des fast-foods hamburgers qui arrivent en tĂŞte de tous les moments de repas », souligne l’Ă©tude.
Source: La Depeche