Connaissez vous l’origine du steak tartare ?
La Plateforme CHR vous dit tout et vous risquez d’ĂȘtre surpris !
Le steak tartare est lâun des plats de brasserie incontournables, sinon mythiques.
Mais il suscite bien des débats et bien des controverses.
Viande de bĆuf ou de cheval ?
Haché ou taillé au couteau ?
Et quid du âfilet amĂ©ricainâ comme lâappellent nos amis Belges ?
Nous allons dĂ©mĂȘler pour vous le vrai du faux et vous raconter une histoire qui remonte⊠aux Tatars !
Tout commence dans les steppes de lâAsie centrale
Rendons dâabord aux Mongols ce qui, en fait, nâest ni aux Tatars ni aux Tartares stricto sensu. Il faut en effet distinguer les peuples turcs dâEurope orientale et dâAsie du nord quâon appelait Tatars ou Tartares en Occident, nom collectif attribuĂ© Ă une mosaĂŻque dâethnies dissĂ©minĂ©es dans plusieurs pays jouxtant la Turquie voire en Turquie mĂȘme mais parlant toutes le tatar et non le turc, ensemble de territoires quâon appelait la Tartarie par commoditĂ©.
En rĂ©alitĂ©, les Tatars ou Tartares auxquels il est fait rĂ©fĂ©rence ici sont les Mongols, peuple nomade qui, sous la houlette de Gengis Khan (1155â1227), a construit un vĂ©ritable empire au Moyen-Ăge (XIIIe et XIVe siĂšcles). Et câest Ă cause dâun flou gĂ©ographique que, par confusion, les Occidentaux les ont Ă©galement surnommĂ©s Tatars ou Tartares.
Le nomadisme et le « tartare »
Mais venons-en Ă notre steak. Car nous allons voir que câest parce que les Mongols Ă©taient nomades quâil sâappelle aujourdâhui « tartare ». En effet, comme lâimplique le nomadisme, ce peuple sâaventurait Ă cheval Ă la conquĂȘte des steppes russes et passaient pour se nourrir de viande crue sĂ©chĂ©e, fumĂ©e ou boucanĂ©e et de lait caillĂ©, ces deux aliments pouvant se transporter aisĂ©ment sur une monture, mĂȘme sans selle, la viande Ă©tant pendue contre les flancs du cheval et le lait transportĂ© dans une outre.
Viande crue oui⊠mais laquelle : bĆuf ou cheval ?
Aujourdâhui le steak tartare classique est gĂ©nĂ©ralement Ă base de viande de bĆuf, le plus souvent hachĂ©e. Mais il nâen a pas toujours Ă©tĂ© ainsi.
Comme ils Ă©taient nomades et parcouraient souvent des contrĂ©es sauvages, les Mongols ne trouvaient Ă©videmment pas des boucheries Ă tous les coins de rue. De plus, les bĆufs paissent et ruminent mais ne peuvent ĂȘtre montĂ©s et ne se dĂ©placent guĂšre Ă la vitesse dâun cheval. Ils ne pouvaient donc pas suivre nos conquĂ©rants. La viande qui leur servait de nourriture nâĂ©tait donc pas du bĆuf mais, aussi barbare cela puisse-t-il paraĂźtre, celle des chevaux de la horde qui mouraient pendant leurs chevauchĂ©es ou bien celle de chevaux sauvages quâils attrapaient. Car historiquement, on mange de la viande chevaline depuis des millĂ©naires comme en attestent de nombreuses peintures rupestres de lâĂšre prĂ©historique et le cheval fut dâabord gibier avant de devenir animal domestique. Une viande quâils consommaient sous forme de lambeaux taillĂ©s au couteau.
En fait, câest la Rome chrĂ©tienne du VIIIĂšme siĂšcle qui a imposĂ© le tabou de lâhippophagie en jetant lâanathĂšme sur les peuples paĂŻens du Nord qui consommaient de la viande chevaline⊠et quâil sâagissait de convertir. Les Rois de France ne lâont guĂšre apprĂ©ciĂ©e non plus. Et câest NapolĂ©on III qui a autorisĂ© officiellement sa vente en 1866. La premiĂšre boucherie a ouvert Ă Paris, remportant aussitĂŽt un vif succĂšs.
NĂ©anmoins, en France, la premiĂšre recette « contemporaine » mentionnĂ©e se trouve dans le Larousse gastronomique de Prosper MontagnĂ© Ă©ditĂ© en 1938. La sauce est citĂ©e en premier puis il est dit : « On dĂ©nomme aussi « Ă la tartare » un bifteck pris sur le filet ou sur le contre-filet (de bĆuf), hachĂ©, assaisonnĂ© de sel et poivre, reformĂ© et que lâon sert cru avec un jaune dâĆuf cru placĂ© dessus et, Ă part, des cĂąpres, de lâoignon et du persil hachĂ©. »
Et le filet américain ?
Or, on consommait déjà du steak tartare antérieurement sous le nom de « filet américain », notamment en Belgique du cÎté de Vilvorde (au nord de Bruxelles, en terre flamande) et dans le nord de la France (Flandre française). Mais il était préparé à partir de viande de cheval.
Le steak tartare sâappelle dâailleurs toujours filet amĂ©ricain en Belgique mĂȘme sâil est aujourdâhui plus couramment fait avec du bĆuf et hachĂ©.
Lâexplication la plus rationnelle du choix de la viande de cheval serait que pendant la guerre de 14-18, on avait importĂ© beaucoup de chevaux dâAmĂ©rique pour la cavalerie. Et quâil fallait bien faire quelque chose de ces chevaux aprĂšs la guerre car ça aurait coĂ»tĂ© trop cher de les rapatrier. Ils auraient donc fini dans les assiettes septentrionales Ă partir des annĂ©es 20. Câest dâailleurs parce que cette matiĂšre grasse Ă©tait abondante quâon faisait frire les frites Ă la graisse de cheval.
Ă cette Ă©poque la viande Ă©tait toujours taillĂ©e menu menu, au couteau. Cela sâexplique parce que la viande de cheval est une viande particuliĂšrement tendre, facile Ă mastiquer, presque molle, ce qui est dĂ» Ă la fois Ă la faible teneur des muscles en collagĂšne et en matiĂšres grasses, et au taux de glucose plus Ă©levĂ© que dans le bĆuf, ce qui lui donne aussi une lĂ©gĂšre sucrositĂ©. Elle est donc fondante en bouche mĂȘme crue.
De plus, dâun point de vue hygiĂ©nique, il y a moins de risques Ă consommer de la viande de cheval crue que de la viande de bĆuf oĂč les bactĂ©ries se propageant beaucoup plus rapidement.
Progressivement, mĂȘme si le Nord a gardĂ© une tradition de boucherie chevaline, on sâest mis Ă faire du steak tartare de bĆuf mais cette fois hachĂ© Ă la machine car câest une viande plus ferme, plus riche en matiĂšres grasses et qui nĂ©cessite donc un hachage plus fin pour une meilleure mastication.
Le tartare au couteau, un snobisme ?
Beaucoup plus tard â dans les annĂ©es 80 â certains ont voulu revenir aux sources en proclamant vĂ©hĂ©mentement quâil nây saurait y avoir de steak tartare⊠quâau couteau, mĂ©prisant celui hachĂ© Ă la machine. Mais en oubliant quâinitialement, le tartare Ă©tait exclusivement de cheval. Câest comme ça que naissent des lĂ©gendes !
Toujours est-il quâĂ cause de ce snobisme, on mange du steak tartare de bĆuf hachĂ© au couteau alors quâil ne devrait y en avoir que de cheval !
Cela dit, il est vrai que pour certains, câest une viande taboue. Soit pour des raisons culturelles, soit pour des raisons de sensibilitĂ© personnelle, ce qui est dâailleurs tout Ă fait respectable.
Dâautre part, elle nâest pas si facile que ça Ă trouver puisquâil nây a plus que 700 boucheries chevalines en France â deux fois moins quâil y a 10 ans â et que 2% de la population seulement en consomme rĂ©guliĂšrement. DĂ©saffection qui nâa cessĂ© de progresser depuis les annĂ©es cinquante-soixante, Ă©poque oĂč elle Ă©tait trĂšs populaire.
Il faut encore savoir quâil existe en France 37 races de chevaux diffĂ©rentes et que ne plus consommer de viande chevaline reviendrait Ă voir disparaĂźtre lâĂ©levage de chevaux de trait qui a Ă©tĂ© sauvegardĂ© grĂące aux dĂ©bouchĂ©s gĂ©nĂ©rĂ©s par la boucherie.
En effet, plus de 80% des 16 000 animaux qui naissent chaque annĂ©e en France sont destinĂ©s Ă la consommation humaine. Seuls 2% sont Ă©levĂ©s Ă des fins de loisirs. Et câest grĂące au dĂ©veloppement de cette filiĂšre que les 9 races de chevaux de trait considĂ©rĂ©es comme menacĂ©es dâextinction par lâUnion EuropĂ©enne sont conservĂ©es.
La parole en faveur du bĆuf au couteau
Les partisans du steak tartare de bĆuf au couteau assurent quâil faut privilĂ©gier un morceau tendre : filet, contre-filet ou rumsteak ! Ăa nâest vrai que si lâon persiste Ă vouloir faire un steak tartare de bĆuf au couteau qui serait dâune mĂąche ardue (voire coriace) avec des morceaux qui ne seraient pas extra tendres !
Mais câest tout Ă fait inutile si la viande est hachĂ©e Ă la machine puisque ce hachage dĂ©structure le collagĂšne de la viande et que la texture finale sera la mĂȘme. PrivilĂ©giez plutĂŽt la tranche, le gĂźte Ă la noix ou la macreuse Ă bifteck, morceaux goĂ»teux que votre artisan-boucher vous conseillera certainement.
Enfin, pour des raisons dâhygiĂšne alimentaire, il est impĂ©ratif que le steak hachĂ© soit consommĂ© le jour mĂȘme de son achat. Et pour un rĂ©sultat plus performant, prĂ©fĂ©rez la viande hachĂ©e non compressĂ©e plutĂŽt que des steaks hachĂ©s prĂȘts Ă cuire.
Le paradoxe de la viande persillĂ©e : wagyu sâabstenir !
Si lâon veut manger de la viande crue en tartare, il faut la dĂ©graisser au maximum pour que la mastication reste agrĂ©able. Sinon, le gras sâamalgame dans la bouche et on a plus envie de le cracher (mĂȘme discrĂštement) que de lâavaler. Câest bien pour ça que pour la viande hachĂ©e, la lĂ©gislation impose un taux de matiĂšres grasses qui doit ĂȘtre infĂ©rieur Ă 15% et conseille mĂȘme moins de 5% afin de privilĂ©gier les protĂ©ines dites nobles. Choisir de la viande persillĂ©e pour la manger crue relĂšve donc de lâĂ©preuve de force et dans le cas du bĆuf wagyu, dâune vĂ©ritable Ă©preuve olympique. Câest de toute façon ridicule dâun point de vue gustatif car câest la cuisson qui permet lâexpression de la flaveur des viandes formĂ©e au cours de la maturation, notamment par la fonte du gras. Sans cuisson, le gras reste ferme et blanc, il ne fond pas et ne parfume pas la viande.
Les  deux Ă©coles de lâassaisonnement
Pour condimenter le steak tartare (125 Ă 150 g de viande et 1 jaune dâĆuf extra-frais par personne), lĂ encore deux Ă©coles : lâassaisonnement Ă la française et lâassaisonnement Ă lâamĂ©ricaine.
Dans le premier cas : 1 petit oignon blanc nouveau (ou 1 Ă©chalote selon le goĂ»t) â 3 Ă 4 cornichons â 1 cuillerĂ©e Ă soupe de cĂąpres surfines â 1 cuillerĂ©e Ă soupe de persil plat ciselĂ© â 1 cuillerĂ©e Ă cafĂ© de moutarde blanche (facultatif).
En Belgique, on ajoute souvent de la mayonnaise à ces ingrédients.
Dans le second : les mĂȘmes ingrĂ©dients + ketchup Ă discrĂ©tion + quelques traits de sauce anglaise (Worcestershire sauce) + quelques gouttes de Tabasco + 1 bon trait de cognac (facultatif), voire 1 trait dâhuile dâolive (facultatif mais tendance).
AprĂšs, rien nâinterdit de concocter sa propre recette. Ainsi, certains ajoutent des olives noires, des copeaux de parmesan, des sauces asiatiques et de la coriandre etc. etc.
Source: Singulars.fr